Revue de Presse

 

Le Monde, 7 novembre 2007 :
« Urban Sax, 30 ans à La Cigale, Paris, le 6 novembre.
Toute la majesté d'Urban Sax en lieu clos »

"En trente ans on a dû voir Urban Sax une bonne douzaine de fois. En festivals, aux abords de monuments historiques, inséré dans des structures architecturales, mais jamais dans des espaces clos. Pourtant la formation fondée fin 1976 par le batteur Gilbert Artman - grands souvenirs de son autre groupe, free-prog, Lard Free - devenue une référence mondiale pour ses interventions événementielle en plein air, a aussi régulièrement choisi des salles pour développer son étrange musique. Comme à La Cigale, à Paris, mardi 6 novembre, seize ans après un précédent concert au même endroit.
Urban Sax c'est ce soir-là une trentaine de saxophonistes, du baryton au soprano, huit chanteuses, deux violoncellistes, un guitariste, un bassiste, une, deux danseuses et au centre de la salle, Gilbert Artman qui dirige, par des gestes doux. Certains musiciens sont aux balcons, d'autres sur la scène. Les motifs répétitifs mais fluides, qui ont la poésie rêveuse de simples chansons s'étendent dans la salle. Effet de spatialisation maximum.
Et peu à peu l'ensemble se regroupe sur scène. Les musiciens en combinaisons de protections contre les radiations, ou vêtus de longues robes, ont le visage caché. Leurs mouvements, balancements, tournoiements, au-delà de l'aspect visuel, ont des fonctions acoustiques. Et la majesté envoûtante d'Urban Sax prend, dans cet environnement intime, une manière plus vibrante, un nouvel imaginaire".

Sylvain Siclier

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Jazz Magazine, novembre 2006 :

"Une distance minime sépare l'ombre de l'obscurité, mais l'intensité reste inouïe dans cette cave proche de la place d'Italie où deux saxophonistes alto, Sylvain Guérineau et Cathy Heyden, explosent les notes au cours d'une jam matinale de juillet. Rien ne les arrête et surtout pas leurs compagnons Nicolas Talbot, contrebassiste, et Didier Lasserre, batteur. Ont-ils un projet ? Sylvain Guérineau, l'éternel outsider, répond : "Oui, celui de jouer aujourd'hui !" Puis la bande reprend à la folie, c'est-à-dire dans une foudroyante lucidité, son improvisation tendue vers un bop exfolié".

Christian Ducasse

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Traverse, 2002 :

"Avec ce deuxième album, Demain, dès l’aube..., Hervé ZÉNOUDA change radicalement de direction pour amorcer un virage dans l’improvisation, tout en conservant une bonne part de compositions.
Entouré d’une dizaine de musiciens (parmi lesquels Guillaume LOIZILLON qui fait une apparition au piano solo), Hervé ZÉNOUDA explore de nouveaux paysages musicaux avec une habileté surprenante. Ainsi cohabitent des musiques qu’on pourrait croire parfaitement opposées : compositions avec improvisations aventureuses, duos de pianos sages et mélodieux (après une improvisation complètement déjantée entre un sax alto, une guitare électrique et une batterie, survient sans prévenir un duo de pianos sur lequel se défoule un zarb), duo de batterie angoissant et grinçant, échanges de mots entre guitare électrique, batterie, piano, violon ou sax alto aux accents étranges et déphasants (le deuxième morceau de l’album, Tout ou rien, porte à cet égard très bien son nom), utilisation de percussions MIDI et de «bruits» accentuant le côté mystérieux. Les ambiances sont surprenantes et inattendues, variant entre angoisse et apaisement, et donnent l’impression parfois qu’elles ont été faites pour un film.
La partie CD audio est complétée comme pour le premier album (Vies secondes) par une partie vidéo lisible sur ordinateur, contenant quatre films représentant plutôt bien les différentes formes musicales abordées dans l’ensemble des morceaux de ce disque.
Un album indispensable pour ceux qui n’ont pas froid aux oreilles. (…)"

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Octopus, 2002

"Le parcours d’Hervé Zenouda demeure un tantinet énigmatique : de la pop acidulée à la new wave, du punk à l’expérimentation, de la bande-son au minimalisme... A l’instar de son auteur, Demain, dès l'aube... possède cette affectueuse bougeotte stylistique, navigant entre bruit et harmonie, entre Fred Frith et Satie.

Batteur, percussionniste et compositeur autodidacte, Hervé Zenouda a gravité autour de la scène punk et new-wave française (Stinky Toys, Mathématiques Modernes, Modern Guy, Ramuntcho Matta…), puis composé des musiques pour des courts-métrages ou des CD-Rom, avant de publier en 1999 un premier album sous son nom, Vies secondes. (…)
Pour Demain, dès l’aube, la jaquette donne le ton : photos sépia aux décors légèrement surannés. Ce que le disque donne à entendre ? Musique de chambre ? Musique lorgnant vers les figures néoclassiques ? Les musiciens (…) imprègnent les compositions de leur technique d’interprétation, abordant ainsi une extrême variété de styles musicaux. Si dans le premier opus, l’auteur alliait acoustique et informatique, dans celui-ci, les machines ont fait place aux musiciens qui alternent pièces écrites et improvisation. Les compositions, même les plus construites, n'échappent pas aux facéties bruitistes de Guillaume Loizillon qui ponctuent de manière futée certains des 13 morceaux ! Se distinguent de belles formules au piano et une délicate utilisation du zarb. Sax soprano (sic), guitare préparée (un peu à la Fred Frith) et électrique, batterie, piano (qui emprunte parfois à Debussy ou Satie) se combinent et tourbillonnent plutôt énergiquement. Sautillantes, mystérieuses, les mélodies sont teintées d’une légère nostalgie. Et si le timbre est contrasté, la cohérence doucereuse de l’ensemble demeure.
Demain, dès l’aube (…) fait un peu penser à ce tableau de Magritte où la lumière du réverbère éclaire encore la rue quand le jour n’est pas tout à fait levé ; un temps intermédiaire..."

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Le Monde, 5-6 novembre 2000 :
« Portes ouvertes sur l’imagination au festival Densités de Verdun »

"(…) Quelques noms phares, comme des repères, beaucoup de musiciens à découvrir, de pratiques, d'expériences. 
A cet égard La Bûche et La Biche, formation de douze improvisateurs, est exemplaire. Les expressions électronique et acoustique cherchent à s'y rejoindre. Ils sont âgés de vingt à trente ans, n'ont pas encore pris des habitudes, le pire des défauts de la musique improvisée. A la surenchère - à douze, c'est l'un des risques -, ils substituent des réactions aux uns et aux autres. Ils ont déjà en eux la notion de la durée, du déroulement des séquences. En pivot central, la saxophoniste Cathy Heyden, en organisateur discret des relances, des tensions et détentes, le batteur Michel Oury. On devrait reparler d'eux".

Sylvain Siclier

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Improjazz, juillet 1999 :
« La Flibuste : une journée d'exception à Colombes »

Chantier d'art provisoire et diapoétique
"Les films desquels toutes les images ont été peintes par des enfants de Colombes bousculent l'oeil et fascinent (…) Réalisées à la main, ces images envahissent l'espace sur un rythme étrange : coulisses et halètements des projecteurs renforcent l'effet hypnotique des miniatures ciselées et colorées de Christian Monsarrat… hallucination garantie… à laquelle ne se soustraient pas les danseurs Ly Thanh Tiên et Cathy Heyden, spontanément rejoints par le sopranino de Doneda, la radio et les talkies-walkies de Lionel Marchetti, et la voix de Jean Pallandre. Ni scène ni salle, allongé au sol, on est saisi par les patterns rythmiques et visuels des diapos, les filons et zébrures sonores, la danse organique, intelligente et nécessaire : là non plus, rien à voir avec un mille-feuilles composite pour amateurs de performances surchargées ! Bien des gesticulations contemporaines en sont déclassées !"

Espace tendu
"Regroupant l'intégralité des artistes présents (sans discrimination disciplinaire) en une installation vivante dans laquelle le public pouvait déambuler, cette performance avait pour cadre une grande salle dont le pourtour était occupé par des tables. A chacune d'elles était installé (assis, debout, dansant, peignant) un "flibustier" avec l'équipement de son choix : hauts-parleurs vibrants pour Xavier Charles, tubes de peinture pour François Bidault, radeau pataphysique pour Cathy Heyden, basse préparée pour Olivier Paquotte, sable beckettien pour Michel Mathieu, saxophone à astiquer pour Steve Robin, etc… Les échanges horizontaux (…) des sonorités les plus ténues éveillent l'espace : frissons électriques du génial bidouillage de Jérôme Noetinger, discret palimpseste électronique de Lê Quan Ninh, anamorphose d'une peinture sous la brosse et la caméra de Monsarrat, fine orfèvrerie de Martine Altenburger. (…) [Cette] fresque électroacoustique en mouvement avait de quoi séduire le néophyte dans les beaux moments qui l'ont émaillée."

Crachoirs
"Spatialisation du son acoustique, spatialisation des corps, la seconde performance de la soirée était illuminée, comme rayonnante de la puissance contenue de ses inventeurs, pleine de cette énergie vitale maîtrisée. Sur la grande scène, les musiciens Xavier Charles (cl), Steve Robin (sax basse), Cathy Heyden (as), Michel Doneda (ss), Lê Quan Ninh (perc), Ly Thanh Tiên (tp, danse) et Martine Altenburger (cello) ont délicatement travaillé la texture sonore (comme le peintre François Bidault sur sa toile translucide), l'ourlant, la perforant de brindilles et de souffles, tout comme les danseurs et les acteurs ont recréé la texture spatiale par leurs déplacements, leurs reptations et leurs bonds. Masaki Iwana engage tout son être dans la chorégraphie, se mettant en danger comme l'inénarrable Michel Mathieu le fait dans ses folles acrobaties, frôlant perpétuellement l'accident avec un humour ravageur. Un conte merveilleux, un rêve halluciné, que toutes les scènes du monde devraient inviter à venir se réinventer sous d'autres cieux !"

Guillaume Tarche